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Témoignage d'Audrey

Audrey, ancienne élève de l'ISIT, juriste-linguiste à la Cour de justice de l'Union européenne

1. Quelle est votre fonction ? Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste votre travail et nous raconter une journée type ?

Je suis juriste-linguiste (agent temporaire) à l’unité française de la Cour de justice de l’Union européenne, à Luxembourg.
Mon travail consiste à traduire les pièces de procédure (mémoires des parties), les communications au Journal officiel et les conclusions des avocats généraux, depuis l’espagnol et l’anglais vers le français.
Ma journée commence à 9h30 et se termine à 18h avec une pause déjeuner de 30 minutes (c’est un choix personnel, il existe plusieurs plages horaires possibles).
Je travaille sur plusieurs traductions en même temps, dans des affaires distinctes relevant de domaines du droit différents, et concernant des types de pièces distinctes, et choisis les traductions en fonction de mes envies du jour et des délais. En général, je tente d’alterner entre traduction et relecture. Etant encore révisée, je rencontre mon réviseur pour discuter de la plupart des traductions que j’ai effectuées.
Le mardi et le jeudi, j’assiste également aux ateliers juridiques anglais et espagnol. Ces cours incluent l’étude de décisions nationales, des discussions sur des sujets d’actualités ou tout autre sujet lié à l’organisation juridique ou politique de l’Espagne ou de pays anglophones, ou encore l’étude de demandes de décision préjudicielle.


2. Quel est votre parcours universitaire et professionnel ?

Pour ce qui est de mon parcours universitaire, j’ai étudié à l’ISIT et à la faculté de Sceaux, à l’exception de mon année Erasmus à l’Universidad Rey Juan Carlos (Madrid), jusqu’à l’obtention de mon Master I en droit des affaires et financier, spécialisation en droit des affaires. J’ai ensuite intégré le LLM de droit économique européen, spécialisation en contentieux européen, de l’Université du Luxembourg.

Mon parcours professionnel est plus varié.
En Espagne, j’ai effectué deux stages en agences de traduction, l’un à La Corogne et l’autre à Eivissa. Le second stage était orienté vers le domaine juridique, et j’ai eu la chance de servir d’interprète anglais/espagnol devant un juge espagnol.
L’été suivant, j’ai effectué deux stages en cabinets d’avocats à Paris. Le premier stage s’étant révélé peu intéressant, j’y ai mis un terme pour trouver un stage qui répondait plus à mes attentes. C’est lors de ce deuxième stage que j’ai rédigé ma première requête et ai assisté pour la première fois aux entretiens entre avocat et client.
Dans le cadre de mon LLM, j’ai effectué un stage auprès de l’avocat général Jääskinen, à la Cour de justice. Ce stage consistait principalement à effectuer les recherches juridiques demandées par les référendaires et l’avocat général, mais pas seulement. J’ai assisté à toutes les réunions de travail du cabinet et ai rédigé diverses parties de diverses conclusions (souvent l’introduction, le cadre juridique et factuel, ou encore des rappels de jurisprudence) avant que l’avocat général ne me confie l’intégralité d’une affaire (déterminer la question juridique à résoudre, la solution du litige et rédiger les conclusions).
J’ai ensuite travaillé à la Commission centrale pour la navigation sur le Rhin, à Strasbourg, en tant qu’attachée au Secrétaire général. Peu connue, il s’agit cependant de la première organisation internationale au monde, créée en 1815 ! A la CCNR, mes tâches mêlaient diplomatie (négociations pour la création d’un comité joint entre celle-ci et la Commission européenne), droit (je participais à la résolution de toutes les questions juridiques soulevées, allant du droit fluvial au droit d’auteur) et travail administratif (délivrance de permis ou mise à jour des documents de la CCNR).
Je suis ensuite retournée à la Cour de justice, mais en tant que juriste-linguiste cette fois-ci, et y suis restée un mois et demi.
Mon stage à la délégation de l’Union européenne auprès des Nations-Unies à New York, est la raison pour laquelle je suis repartie si vite de Luxembourg. En tant que déléguée, j’ai assisté à la Ministerial Week, à l’Assemblée générale de l’ONU et à plusieurs négociations et aux réunions liées à la sixième commission (juridique) de l’ONU. Chaque négociation ou réunion se concluait par un rapport adressé au Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères.
Puis je suis repartie pour la Cour de justice afin d’occuper mon poste actuel, il y a de cela un peu plus d’un an. En attendant de nouvelles aventures.

3. Pour quelles raisons avez-vous choisi de vous tourner vers les institutions européennes ?

Je veux intégrer une organisation internationale depuis de nombreuses années. Mon choix s’est porté sur la Cour de justice pour des raisons pratiques (un stage auprès d’un juge est relativement facile à obtenir en tant qu’étudiant en droit à l’Université du Luxembourg) et parce que l’idée de travailler pour une juridiction aussi importante me plaisait.
J’apprécie le niveau de vie garanti par les institutions de l’Union, la possibilité de pouvoir changer d’institution, de profession et de lieu de travail au cours de ma carrière et de continuer à apprendre de nouvelles langues. J’aime également faire partie d’une équipe multiculturelle. Evidemment, je suis convaincue que l’Union est bénéfique et souhaite participer à cette aventure.


4. Quels seraient vos conseils aux futurs candidats ?

Croire en la chance. Je suis persuadée que j’ai toujours eu énormément de chance au cours de mes stages et expériences professionnelles et espère que cela continuera.
Ce qui ne veut pas dire que la chance suffit. Les institutions de l’Union reçoivent de nombreuses candidatures tout au long de l’année, de candidats ayant en général des profils divers et complets, et je pense qu’il est nécessaire d’acquérir autant d’expérience que possible, quitte à s’éloigner des sentiers battus et effectuer des stages qui ne sont pas nécessairement directement en lien avec le métier désiré.
Il me semble essentiel d’être prêt à faire certains sacrifices : faire des stages non rémunérés, déménager, ne pas partir en vacance un été… Ou accepter des contrats de très courte durée (mes contrats actuels sont de 3 à 6 mois par exemple).
Il faut également faire preuve d’obstination et d’ingéniosité.
Enfin, et aussi triste que cela soit, il est bon d’avoir un minimum de réseau professionnel. Ne serait-ce que pour entendre parler de certaines opportunités professionnelles.


Mes quelques expériences dans le privé ainsi que mes discussions avec des amis avocats et juristes m’ont conforté dans mon choix de travailler dans l’administration publique, que ce soit pour les Nations Unies ou l’Union. La mentalité n’est pas la même que dans le privé et je pense qu’il faut tenir compte de cela au moment de choisir sa voie professionnelle.

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